Partager l'article ! A la recherche de mon ombre 1: Assise sur le canapé, je tentai en vain de calmer mon cœur en émoi. Il me fit part de ses souf ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Assise sur le canapé, je tentai en vain de calmer mon cœur en émoi. Il me fit part de ses souffrances et bien qu'étant à son écoute, il me fut impossible de pouvoir le calmer. Ses battements retentissaient telle une horloge dans tout mon être. Je le sentis chavirer. Il n'avait pas ce qu'il désirait, et ce qu'il désirait je n'étais pas en mesure de le lui fournir.
Il n'aspirait qu'à une seule chose : battre pour quelqu'un qu'il aimerait très fort. Mais depuis un déchirement sentimental, il m’était impossible de ranimer sa flamme à demi éteinte. Il avait soif et je n’étais pas en mesure de l'abreuver. Mélancolique, je voulus me lever mais j'en étais incapable. Une vision me cloua sur place : celle de mon ombre.
Je me vis à travers elle ; elle était heureuse, épanouie, accomplie, dotée d'un rayonnement sans pareil. Je voulus l'aborder mais déjà elle était loin. Loin et près à la fois. Désormais, mon unique but serait de la retrouver car, dépouillée de cette autre partie de moi-même, je n'étais plus. Je mourais alors que je voulais ardemment revivre et être inondée de ce rayonnement dont elle jouissait. Avec elle j'étais tout amour, littéralement transportée dans une autre dimension, bien plus pure que celle dans laquelle je me trouvais.
J'avais trouvé la vérité et en une seconde et on me la reprenait. Mais, coûte que coûte, j’allais la retrouver. Telle était mon intime conviction. J'eus l'impression d'étouffer alors que mes pas se dirigeaient, de manière automatique, vers le jardin. Je n'étais que spectatrice de toutes ces transformations qui s'opéraient en mon être avec en guise de témoins la nature, le cosmos, l'éther.
Ma bouche s'entrouvrit puis s'anima. Je me voyais interroger un premier arbre :
- N'as-tu pas vu mon ombre ? m'informai-je. Elle vient tout juste de passer.
- Oh oui ! me répondit-il, Non seulement je l'ai vue, mais nous avons longuement parlé ensemble.
Cette ombre était donc capable de communiquer avec la nature. Voyant mon regard interrogateur, l'arbre déclara :
- Cette ombre s'est littéralement fondue en moi. Grâce à elle, j'aurai plus de fruits sur mes branches dès le printemps prochain.
Je ne compris pas ce que cela signifiait mais pour l'instant, cela n’avait que peu d'importance. Ma seule préoccupation était de la retrouver.
- Va-t-elle revenir te voir ? m'enquis-je.
- Bien sûr !
- Quand ?
- Le temps n'a pas d'importance, car passé, présent et futur sont confondus dans notre monde.
Je demeurai perplexe car cela ne m'avançait guère.
- Communique-t-elle aussi avec d'autres arbres ? demandai-je avec curiosité.
- Forcément, répondit-il, puisque nous sommes tous réunis par un principe d'unité.
Principe d'unité, tout cela demeurait bien théorique. Je me rendis auprès d'un deuxième arbre de nature très différente : un merveilleux sapin dont j'affectionne particulièrement l'odeur.
- As-tu vu une ombre qui me ressemble ? lui demandai-je.
- Oh oui, elle est merveilleuse ! Toi aussi, tu es merveilleuse mais ternie, me déclara-t-il.
- Sais-tu pourquoi je suis ternie ?
- Bien sûr, parce que tu es dissociée, hors de ton centre.
Mon centre ! Décidément, l'hermétisme caractérise ces Devas (Esprits de la nature). Je ressentis que si je retrouvais cette autre partie de moi-même, cette ombre que je venais d'entrevoir, je trouverais à coup sûr le bonheur perpétuel où que j'aille. Il lut dans mes pensées et s'empressa d'ajouter :
- Oui, et entourée de qui que ce soit, vu que nous sommes tous frères.
- Suis-je frère avec un assassin ? me demandai-je.
Mais là, à mon grand regret, il resta évasif et ne donna aucun complément d'information, se contentant de répondre par un large sourire. J'eus le sentiment de perdre mon temps. Or, il me fallait continuer ma route et répondre à cet appel intérieur qui guidait mes pas. J'étais déjà plus calme et voulus cueillir une fleur pour en respirer son parfum.
C'est à cet instant que je ressentis en elle, la même tristesse que celle perçue dans mon cœur avant d'apercevoir mon ombre. Je compris, à l'instant même où je la cueillais, que je venais de la dissocier mais, il était trop tard : le mal était fait. Je la couvris de tout mon amour et ressentis son pardon.
Soulagée, je pus continuer en paix car je la sentis malgré cela heureuse de l'admiration que je lui portais. Elle s'était sentie aimée et cela lui suffisait. Arbres et fleurs étaient devenus mes amis.
Désormais, je n'étais plus seule et qu'importe le temps que prendrait ma quête, l'essentiel était que mes nouveaux amis aient déjà distillé en moi quelques bribes de connaissances nouvelles, qu'il me fallait désormais développer et mettre en pratique. C'était cela le plus dur. La vie devint passionnante mais elle l'aurait probablement été bien plus si mon impatience ne venait sans cesse l'entacher.
(karin Malfait : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre12858.html)