Je trouvais la nature ou l'essence même de mon jardin enrichissants et je le lui en fis part pour le remercier. J'entendis une voix me dire :

- Toi aussi tu possèdes un jardin, un autre jardin, un jardin secret. Pourquoi ne l'explores-tu pas, comme tu le fais si bien avec mes propres composantes ?

    Un jardin secret à explorer ? Voilà encore du pain sur la planche ! Alors que j'avançais, il me rappela :

- Écoute encore ce que j'ai à te dire, me dit-il d'un ton ferme.

- Mais j'ai bien entendu, rajoutais-je, il faut que j'explore mon jardin secret, j'en prends bonne note.

- Oui mais ce n'est pas suffisant. Il faut également que tu sèmes quotidiennement dans ce jardin, si tu souhaites qu'il t'enseigne.

    Mon jardin secret allait m'enseigner, si je me mettais à semer ?

- Comment dois-je semer, dois-je avaler quelque chose ?

- Il te faut semer par la pensée et illuminer ton jardin ; aimer en sera la résultante. Aime-le plus qu'il n'en faut ; il te le rendra au centuple, crois-moi.

    Où donc avait-il appris cela ? Pourquoi ne m'avait-on jamais enseigné de telles choses ? Toutes ces années d'études pour rien d'essentiel ; que de temps perdu ! Cela valait bien la peine de faire des études de langues pour semer par la pensée ! Enfin, pour transmettre aux autres la pensée ne suffit probablement pas, me dis-je en guise de consolation. Je fus interrompue dans mes songes par un oiseau dont le chant était magnifique, d'une pureté sans pareille ; une réelle fusion magique de notes.

- As-tu vu mon ombre ? lui demandais-je, pensant qu'il souhaitait me renseigner sur l'objet de mes premières préoccupations.

- Je voulais te dire que pendant tes études, tu as au moins appris à écouter et à te concentrer.

Je n'en étais pas persuadée car la première condition pour être en mesure d'écouter son prochain, était de pouvoir s'auto-écouter. Or, long était le chemin qu’il me restait à parcourir.

- Tu ne m'as pas répondu repris-je, l'as-tu rencontrée ?

- Ton ombre déclara-t-il, je la vois quand je souhaite la voir, l'entends quand je souhaite l'entendre. Mais pour cela, il est nécessaire que je me branche sur la bonne fréquence, tout comme toi, lorsque tu as envie d’écouter de la musique classique à la radio ; il faut que tu te branches sur la bonne fréquence, sur les ondes qui conviennent. Moi, je dois choisir la branche sur laquelle me poser, et certaines sont plus fragiles que d'autres.

- Comment choisis-tu ?

- Je ne réfléchis pas, je ressens. C'est peut-être plus facile que pour toi, je le reconnais car mon cerveau est moins développé que le tien. Il te sert à d'autres fins. Parfois il faut le mettre en sourdine tout comme ta personnalité qui, trop souvent, alimente ton ego. Tu dois également travailler ta voix. Elle peut t'aider à retrouver celle que tu recherches ardemment. Les vibrations de même nature se rejoignent et, si elles sont justes, te purifient. Encore faut-il que tu fasses sortir ta voix avec amour et conviction. Ce sont les vibrations qui en émanent qui te permettront de joindre d'autres sphères, de te baigner dans d'autres ondes qui élargiront ta connaissance.

    D'autres sphères !? Décidément, j'allais de découverte en découverte, sans comprendre tout mais à ce stade, j'essayai de percevoir sans interpréter et cela m'aidait déjà à déceler l'essence même de ces messages. Un mot peut avoir plusieurs significations et les symboles enseignent plus que les mots, telle fut ma conclusion à ce stade ci de ma quête.

Je tentai alors de faire sortir un son de ma voix.

- Non, pas comme ça me dit le pinson, je vais t'apprendre à siffler et ensuite tu chanteras. Mais il ne faut pas brûler les étapes, sinon tu te retrouveras à la case départ.

    J'eus l'impression que l'ensemble des oiseaux, ceux de mon jardin et ceux des autres, étaient à mon écoute. Je ne voyais pas les autres mais je les ressentais. A ce stade de ma quête, je commençais à comprendre mieux ce qu'était ce principe d'unité dont on m'avait entretenu il y a peu. Tout à coup, une odeur m'envahit. C'était celle d'une fleur inconnue. Elle me sortit de la torpeur dans laquelle je m'engloutissais. Je me retournais par réflexe et avant même que j'eus de temps de l'aborder, elle m'insuffla :

- N'as-tu pas remarqué que ma sœur aussi a une odeur ?

    C'était vrai. Je l'avais trouvée belle mais j'en avais déjà oublié le parfum, respiré quelques instants plus tôt. Trop de choses à la fois : voir, entendre, sentir et ressentir ; ne pas trop penser et tout cela en cherchant celle que je voulais à tout prix retrouver.

- Excuse-moi pour ta sœur mais j'étais trop occupée à rechercher mon ombre rajoutai-je en guise d’excuse.

- Pourquoi la recherches tu ? me demanda-t-elle.

- Elle me manque énormément. Sans elle, je me sens vide d'une partie de moi-même. Tout comme une droguée, je me sens en manque, en manque de chacune des particules qui la composent.

- Je comprends mais regarde ces fruits, ils ne tomberont que lorsqu'ils seront mûrs. Tu ne peux les absorber à l'état de semence ; tout comme toi, ils sont inachevés. Es-tu persuadée d'être mûre pour la retrouver ? Etes-vous déjà sur la même fréquence ? Vos vibrations ont-elles la même intensité ? Supporterais-tu autant de lumière qu'elle sans être aveuglée, sans te brûler les yeux ?

Je croyais avoir déjà acquis un certain degré de maturité mais apparemment, il devait s'agir d'un autre type de maturité, qui n'avait visiblement rien à voir avec la maturation. A cet instant, je me sentis très jeune, trop jeune pour le nombre d'années de vie que j'avais derrière moi.

­- Tu as beaucoup plus d'années de vie que tu ne le penses, me dicta une autre voix. Tu as des milliers d'années de vie et tu cherches encore.

    Qu'avais-je fait pendant tout ce temps ? J'avais vraiment l'impression d'avoir perdu mon temps et il me fallait à tout prix rattraper toutes ces années de vie perdues. Je prenais conscience que je n'étais qu'une brebis égarée, en quête d'affection, incapable de donner de l'amour véritable et ce que j'enseignais me paraissait dérisoire. Pourquoi étais-je sur cette terre ? Pour apprendre. Apprendre par essais et par erreurs. Mais que d'erreurs commises ! J'étais en situation d'échec pensais-je avec l'esprit de l'enseignante que je suis.

- Il n'est pas d'échec, rajouta la rose et bénie soit l'erreur, mais parfois le chemin est plus long car on s'attarde en cours de route. Il ne faut pas vouloir aller trop vite non plus, tout est question de mesure.

    Je m'assis un moment pour méditer sur ces nouveaux enseignements lorsque j'entendis une nouvelle voix presque inaudible me murmurer :

- Es-tu arrosée ?

- Arrosée de quoi ?

- Il faut t’arroser de beaucoup d'amour, tes veines sont les nervures de la feuille qu'il faut alimenter d'une nourriture saine pour qu'elles se régénèrent. Tu te nourris mal alors ton corps développe trop de toxines. Ton corps est ton véhicule ici-bas ; prends-en soin et entretiens-le.

 

(Karin Malfait : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre12858.html)


Par laurent
Samedi 24 juillet 2010 6 24 /07 /Juil /2010 16:48

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